Lettre à Léon XIV suite à l'encyclique Magnifica Humanitas

Revision as of 09:04, 14 September 2026 by Bruno (talk | contribs) (Created page with "Par UBIVULT, Septembre 2026 Très Saint Père, Tout au long de votre récente encyclique « ''Magnifica Humanitas'' », vous n’avez de cesse d’insister sur la dignité intrinsèque, ontologique, de la personne humaine « ''qui'', dites-vous, ''appartient à chaque être humain du simple fait qu’il existe, qu’il a été voulu, créé et aimé de Dieu'' ». C’est donc en toute logique que vous dénoncez fermement les diverses formes d’instrumentalisation d...")
(diff) ← Older revision | Latest revision (diff) | Newer revision → (diff)

Par UBIVULT, Septembre 2026


Très Saint Père,

Tout au long de votre récente encyclique « Magnifica Humanitas », vous n’avez de cesse d’insister sur la dignité intrinsèque, ontologique, de la personne humaine « qui, dites-vous, appartient à chaque être humain du simple fait qu’il existe, qu’il a été voulu, créé et aimé de Dieu ».

C’est donc en toute logique que vous dénoncez fermement les diverses formes d’instrumentalisation de la personne humaine, la réduisant à « un moyen pour obtenir des résultats, à une ressource à utiliser ou exploiter, et n’est plus reconnue comme une fin en soi, jamais à instrumentaliser ».

Dans le même ordre d’idées, vous rappelez que « l’Eglise renouvelle sa condamnation ferme de toute forme d’esclavage, de traite et de marchandisation des personnes » et que « la traite doit être reconnue comme une forme contemporaine d’esclavage et comme une grave atteinte à la dignité humaine ».

C’est pourquoi vous faites appel à la vigilance, instruits que nous sommes par les erreurs passées, afin que ce qui a été appris se traduise en discernement et responsabilité dans le présent. Vous ajoutez : « c’est à nous aujourd’hui d’être directs et fermes dans la dénonciation de la traite sous ses multiples formes et de soutenir […] des parcours concrets de prévention, de protection, de libération et de réhabilitation ».

Enfin, vous n’hésitez pas à souligner que l’Eglise doit, elle aussi – et peut-être d’abord ! – réaliser son propre examen de conscience au regard des enseignements de sa Doctrine sociale. Vous écrivez en effet : « Vivre la justice dans l’Eglise signifie assainir les relations et les structures ecclésiales de ces distorsions qui engendrent des inégalités, de l’opacité et des abus de pouvoir. A ce propos, l’écoute des victimes d’abus spirituels, économiques, institutionnels, sexuels, de pouvoir et de conscience fait partie intégrante d’une démarche de justice comprenant la reconnaissance du préjudice, la juste réparation et la prévention ».

Me reposant sur votre détermination à protéger la dignité de la personne des nouvelles formes d’esclavage et d’instrumentalisation, j’ai souhaité attirer votre attention sur une réalité douloureuse que nombre de personnes vivent – ou ont vécue – en raison de leurs liens et appartenance à l’Opus Dei : ce sont des milliers de personnes, numéraires ou surnuméraires, prêtres ou laïcs, hommes et femmes, enfants et adolescents, qui ont subi des violations flagrantes de leurs droits les plus fondamentaux quand il ne s’agit pas du respect élémentaire dû à leur dignité humaine.

En effet, l’aspect le plus critique de la praxis de l’Opus Dei tient en ceci que la personne humaine n’y est jamais considérée en elle-même, comme une fin en soi : loin des enseignements du concile Vatican II qui, dans sa Constitution pastorale « Gaudium et spes », rappelle que « toute institution est appelée à servir la personne humaine et sa dignité », l’Opus Dei tend au contraire à considérer ses membres comme de simples « rouages » au service de l’institution elle-même pour en assurer la pérennité ; peu lui importe le sort de chacun car le membre de l’Œuvre n’a de raison d’être et n’est là que pour servir les finalités et objectifs de la Prélature.

A cette fin, l’Opus Dei s’emploie à exiger de ses membres d’abandonner tout jugement personnel (« rendir el juicio ») pour n’écouter que la voix des Directeurs : ces derniers, est-il dit, peuvent certes se tromper, alors qu’en revanche celui qui obéit ne se trompe jamais. Une telle pratique a pour effet d’empêcher tout exercice de discernement personnel pour s’en remettre de façon inconditionnelle aux indications des Directeurs ; il advient alors que l’accès à la conscience personnelle se voit progressivement entravé voire interdit.

Mais que reste-t-il de la personne humaine et de sa dignité lorsque son sanctuaire le plus intime, celui de sa conscience personnelle, se voit ainsi condamné ? C’est pourtant là que se joue la synergie du discernement que tout un chacun, avec les inspirations de l’Esprit-Saint, est censé exercer ; c’est là encore que se mûrissent les orientations majeures d’une existence comme les décisions qui orientent les actions de chaque jour.

Mais dans l’Opus Dei, poser certaines questions, faire preuve d’esprit critique - même positif - passe pour une marque de « mauvais esprit », un manque de sens surnaturel, une manifestation d’orgueil voire une suggestion du Malin. Celui qui se l’autorise est immédiatement rappelé à l’ordre par le moyen d’une « correction fraternelle » et sommé de s’amender. Il en vient ainsi, peu à peu, à se méfier, y compris de ce que sa conscience lui inspire voire lui dicte.

Toute pensée personnelle tend alors à disparaître au profit de critères multiples auxquels se référer, critères bien sûr dictés par les instances supérieures de la Prélature ; en cas d’hésitation, il est conseillé de « consulter » son Directeur pour s’assurer de la justesse de ses choix. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que de nombreuses personnes ayant quitté l’Opus Dei se retrouvent désemparées à l’heure de prendre des décisions, parfois même face aux réalités les plus banales de leur quotidien.

On ne peut concevoir de cheminement spirituel qui ferait l’impasse sur l’indispensable exercice du discernement personnel. Telle est pourtant la façon dont procède l’Opus Dei : les témoignages d’anciens membres abondent sur les pressions qu’ils ont subies, persuadés par tel ou tel Directeur, prêtre et/ou laïc – et souvent les deux ! – qu’ils avaient pour vocation de se sanctifier au sein de l’Œuvre. Nombre d’entre eux admettent avoir demandé l’admission, sans du tout être convaincus de l’appel qui leur était présenté comme une « évidence ». Il convient de mentionner également l’influence, parfois plus insidieuse, du milieu familial déjà acquis à l’institution.

Mais comment des enfants de 14, 15 ou 16 ans ne seraient-ils pas des proies faciles face au prosélytisme agressif de l’Opus Dei, jouant sur l’idéalisme de la jeunesse et l’envie de s’engager pour une noble cause au service de Dieu et des âmes ? Rien d’étonnant à ce que l’Œuvre fasse des adolescents sa cible privilégiée ou érige des écoles sans nombre comme viviers de recrutement infantile.

Qui plus est, le temps du discernement qui fait suite à la demande d’incorporation – comme il advient dans la plupart sinon toutes les structures ecclésiales – appartient ici aux seules instances dirigeantes de la Prélature ; il n’est pas permis à l’impétrant d’apprécier en conscience, par lui-même, la justesse de son engagement et moins encore de faire « marche arrière », ce qui est stigmatisé comme une « trahison de son engagement », une façon de « sortir de la barque » du Christ et de risquer la condamnation éternelle…

En revanche, l’Opus Dei n’hésitera pas à expulser sans considération toute personne qu’elle jugera inapte à poursuivre son chemin, qu’il s’agisse - par exemple - de raisons financières, de santé ou de « mauvais esprit » : plus d’un qu’on avait assuré d’un appel qui ne souffrait aucun doute s’est retrouvé éjecté à la rue, démuni de tout moyen et considéré comme un authentique paria qu’il fallait même éviter de saluer si d’aventure on venait à le croiser.

Peut-on concevoir une instrumentalisation plus perverse de la personne humaine, jouant sur les aspirations spirituelles de personnes sincères et désireuses de bien faire ?

Ce n’est pourtant là qu’un des nombreux aspects critiquables dans la praxis de l’Opus Dei : il faudrait encore mentionner la confusion structurelle des fors interne et externe, le viol du secret de la confession, les malversations financières, l’exploitation de jeunes filles pour les services d’intendance des centres de l’Œuvre, la médication forcée, la critique à peine voilée de divers enseignements de l’Eglise, sur la synodalité, par exemple, etc.

Vous l’aurez compris, Saint-Père : les pratiques de l’Opus Dei constituent une agression caractérisée contre toute forme de conscience personnelle ; il impose un véritable carcan psychique qui devient une prison intérieure aux barreaux invisibles. C’est ce qui explique que certains membres passent dix, vingt, trente ans et davantage au sein de cette institution avant de prendre conscience de l’esclavage auquel l’Opus Dei les a réduits… Ce sont autant de vies sacrifiées, parfois dans une grande souffrance (mal-être, dépressions et suicides sont monnaie courante dans les rangs de l’Œuvre) pour que vive une institution, convaincue d’avoir été suscitée pour « sauver l’Eglise » ; à ce titre, elle ne fait aucun cas de ses membres, n’ayant de considération que pour ceux qui servent ses intérêts financiers, économiques, d’image et d’influence : c’est pourquoi nous n’hésitons pas à parler, à son sujet, de structure de péché.

Nous savons qu’à l’heure actuelle les nouveaux statuts de l’Opus Dei sont toujours à l’étude. C’est pourquoi il m’a semblé nécessaire de vous faire part des informations qui précèdent : elles jettent sur l’Opus Dei une lumière crue mais que confirment des milliers de témoignages recueillis sur les réseaux sociaux ou sur divers sites, tel OPUSLIBROS.

Votre prédécesseur, le Pape François, souhaitait préserver le charisme de l’Opus Dei tout en remettant en cause sa structure hiérarchique, verticale et contrôlante, autant que son aspiration à faire partie intégrante de la structure ecclésiale, à l’instar d’un diocèse : c’était là des mesures indispensables qui limiteront d’autant le pouvoir de nuisance de l’Œuvre.

Aujourd’hui, j’ose espérer que vous aurez à cœur, conformément aux recommandations reprises dans votre encyclique, de veiller avec une bienveillance toute paternelle à ce qu’un terme soit mis aux abus que j’ai dénoncés dans le présent courrier et que les réparations qui s’imposent soient apportées à ceux qui en ont été les victimes ou le sont encore.

Dans cet espoir, je demande votre bénédiction et tiens à vous assurer, Très Saint Père, de mon affection filiale et de ma fidélité.