Révélations sur 20 années passées au coeur de l'Oeuvre

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Livre de María del Carmen Tapia : "AU-DELA DU SEUIL - UNE VIE DANS L'OPUS DEI" ("Beyond the Threshold - A Life in Opus Dei - A Journey to Fanatism")


Prologue de l'édition anglaise

Ce livre a sa propre histoire. Je l'ai écrit en anglais, et de fait ce sont les versions espagnoles, portugaises et allemandes, déjà à leurs deuxième et troisième éditions respectivement, qui ont été publiées avant l'édition anglaise. Dans ces deux années, depuis la publication de ce livre en espagnol, portugais, allemand, j'ai été émue par les centaines de lettres que j'ai reçues : lettres auxquelles j'attache un très profond respect pour des personnes qui ont passé de nombreuses années à l'Opus Dei (certaines avant que j'ai rejoint cette institution, d'autres à peu près à la même époque, beaucoup après que je l'ai moi-même quittée). Lettres provenant également de femmes, d'hommes, de jeunes gens et de jeunes filles, et tout comme de parents d'élèves inscrits à des écoles ou clubs de l'Opus Dei. Ils me demandaient, avec une anxiété compréhensible, comment ils pouvaient s'échapper de l'orbite de l'Opus Dei, ou comment retirer leurs enfants de ces écoles, tout en évitant après des représailles. Beaucoup de ces lettres émanaient d'hommes (quelques-uns prêtres), anciens numéraires ou surnuméraires, qui, en quittant l'Institution ou en en étant chassés, se sont éloignés de Dieu et de l'Église. D'autres sont retournés humblement à leur vocation de prêtre, loin du faste et du décorum. Des "servantes" ont écrit, qui, avec grand courage, et après de nombreuses années à l'Opus Dei, ont quitté l'Institution sans aucune aide financière ni sociale d'aucune sorte. Cela a été pour moi un très grand réconfort de savoir que beaucoup de gens ont appris, au travers de mon expérience personnelle émanant de ce livre, qu'ils n'ont pas à abandonner Dieu, parce qu'il est au-dessus de l'Opus Dei, et qu'il n'a pratiquement rien à voir avec la doctrine singulière de cette Institution.

Le 17 mai 1992, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II a béatifié le Fondateur de l'Opus Dei, Monseigneur José Maria Escriva, étape qui n'implique pas un culte public. Ici, toutefois, plusieurs questions peuvent être soulevées à propos du procès de béatification lui-même, à propos du comportement de ses juges, et à propos du culte institué depuis longtemps et voué au Fondateur par les membres de l'Institution. "Une source émanant du Vatican, a déclaré que, contrairement aux procédures établies, aucune critique publiée concernant Escriva n'a été incluse dans les documents remis aux juges de sa cause; pas plus que la Congrégation n'a fait de recherches sur les conflits célèbres d'Escriva avec les Jésuites, sur les rapports sur ses penchants pro-fascistes et sur les implications de l'Opus Dei avec le Gouvernement de Franco. D'une manière incroyable, 40 pour cent des témoignages proviennent de deux personnes seulement : Portillo [décédé en 1994], et son assistant, le Père Javier Etchevarrià [à présent Prélat élu de l'Opus Dei]

En toute franchise, cette béatification , tant en soi-même que du fait de ses irrégularités de procédure, est proprement scandaleuse.

Quelques-uns de mes amis critiques, en particulier Joseph Cancer, de Cross Currents, qui a remis en cause, révisé et corrigé beaucoup de ces pages-, ont fortement fait pression sur moi afin que j'insiste brièvement sur la nature et la genèse de ce livre.

Au regard du processus qu'elle a vécu, la dernière chose que redoute une personne qui rompt avec l'Opus Dei est d'avoir à faire de nouveau avec l'Opus Dei. La priorité est alors de reconstruire une vie normale dans le monde réel, de trouver une situation pour assurer son autonomie, et de se retrouver en paix spirituelle avec soi-même. Cependant, peu de temps après ma séparation de l'Opus Dei, et afin de rassembler et remettre en place les éléments de ma vie de façon saine, j'ai rédigé des notes sur quelques-unes de mes expériences au sein de l'Opus Dei.

Quelques années plus lard, mes préoccupations profondes relatives aux droits de l'Homme et aux libertés m'ont fait regretter le manque de documents sur les femmes dans l'Opus Dei. J'ai réalisé qu'en tant que proche témoin, j'avais bénéficié d'un point d'observation privilégié, et que J'avais en conséquence un important devoir envers l'humanité que personne d'autre que moi ne pouvait accomplir: faire connaître mon expérience dans l'Opus Dei. C'est ainsi que j'ai commencé à écrire. Les avis et les craintes d'un ami (qui apparaît dans le livre) m'ont détournée de l'idée d'essayer de publier, et ont probablement retardé la sortie du livre de quelques huit années. Par l'ironie du sort, la date de publication a coïncidé avec la controverse soulevée par la béatification de Monseigneur Escriva. L'objet de mon livre transcende l'occasion de la béatification, et je n'ai pas, ni ne pourrais avoir, préparé le livre simplement en raison de cet événement.

Bien que j'aie consacré comme jeune femme ma vie à l'Institution, que j'en soie devenue une fanatique, et que j'aie éprouvé une brutale désillusion, le livre n'a pas pour objet d'être ma biographie, mais le témoignage des années passées à l'Opus Dei. En conséquence, ma vie après l'Opus Dei (sauf pour la petite partie qui impliquait des frictions révélatrices avec la Prélature) se situe en dehors du champ de mon livre. Il y a également une raison secondaire, motivée par la prudence, de ne pas faire allusion à cotte vie post-Opus Dei, raison qui n'est peut être pas évidente pour les gens de l'extérieur. L'Opus Dei, avec constance, procède à des attaques personnelles à l'encontre de ceux qui la critiquent, de manière à détourner l'attention des sujets réels importants la concernant : C'est ainsi que je pourrais être taxée de faire feu de tout bois pour défendre une mauvaise cause, la mienne; ou encore, si je faisais allusion à des moments pénibles postérieurs à mon départ, ceux-ci pourraient être présentés comme quelque forme de châtiment mérité. En conséquence, mieux vaut rester silencieux à cet égard, et ne pas aider l'Opus Dei à détourner l'attention du lecteur.

Ce livre n'est pas non plus une étude exhaustive sur l'Opus Dei, ni sur Monseigneur Escrivà. Des spécialistes du Droit Canon et de la Théologie Ascètique auront peut-être un jour la possibilité de faire une telle étude. Pour le moment, l'élaboration de thèses est littéralement bloquée par l'impossibilité pour les gens de l'extérieur d'accéder aux documents de l'Opus Dei . Les ouvrages élaborés par l'Opus Dei ou pour son compte, même lorsqu'ils ne sont pas de grande diffusion, sont des apologies inconditionnelles, fondées sur le fait que même ses membres n'ont pas normalement accès aux documents internes fondamentaux de l'Opus Dei. J'aimerais qu'il soit possible de donner un peu plus d'objectivité au charme et au magnétisme de circonstance attribués à Monseigneur Escrivà. Les biographies flatteuses faites par des membres de l'Opus Dei sont en fait du mauvais travail, par manque d'objectivité. Qui plus est, la grande vague d'enthousiasme en faveur de Monseigneur Escrivà, remontant aux années 1940, a été provoquée par l'endoctrinement sur le thème de la "filiation à l'égard du Père". L'image de Monseigneur Escrivà propagée au sein de l'Opus Dei est pour une grande part fabriquée de toutes pièces, comme des auteurs, tel Luis Canarde, l'ont montré.

Des critiques déplorent l'absence de révélations sensationnelles sur des scandales politiques, économiques ou autres. Le sociologue Alberto Moncada a réuni et écrit sur le sujet des témoignages inestimables. Deux remarques, cependant, sont à faire à ce propos: Premièrement, l'information à l'intérieur de l'Opus Dei est parcimonieusement rationnée. Le "secret", une véritable obsession, appelé "discrétion" par l'Opus Dei, est pratiqué d'abord et peut-être avant tout à l'intérieur de l'Opus Dei. La plupart des membres de l'Opus Dei, en particulier les plus jeunes d'entre eux, ignorent tout, par exemple du caractère invivable de leur Fondateur, des "affaires" et du népotisme pratiqués en Espagne à l'époque du "Plan de Desarrollo" [Plan de Développement] de Franco. C'est seulement le témoignage d'anciens membres qui peut apporter des pièces à cette mosaïque. Deuxièmement, ces abus ont ici de l'importance seulement dans la mesure où ils sont révélateurs du manque de liberté et d'autonomie des membres de l'Opus Dei. En fait, ce qui est réellement mauvais dans l'Opus Dei, ce n'est pas qu'il prétende être un mouvement religieux, mais qu'il soit effectivement un mouvement financier ou politique, ou plus encore que ce mouvement lui-même (et non seulement des membres à titre individuel) se compromette à l'occasion dans des activités politiques ou financières allant à l'encontre des règles de l'éthique. Je peux garantir aux lecteurs qui n'appartiennent pas eux-mêmes à une forte tradition religieuse qu'il n'y a jamais eu un dirigeant de l'Opus Dei pour affirmer que : "Vis à vis du public, nous proclamons notre vocation pour la prière, mais ce qui importe, ce sont les marchés boursiers, les prochaines élections, etc." Le philosophe espagnol Ortega y Gasset fait la distinction entre les défauts des systèmes politiques des aux abus, et ceux dûs à l'usage normal, c'est-à-dire au fonctionnement normal du système. Cette distinction peut nous aider à comprendre le fait que les problèmes de l'Opus Dei ont leur racines dans le cadre de son fonctionnement normal. Mon témoignage vise donc la description d'une partie de ce fonctionnement normal

Du fait que mon livre contenait un témoignage détaillé sur la vie des femmes dans l'Opus Dei, sa publication dérangeait beaucoup l'Opus Dei, au point que plusieurs tentatives ont essayé d'empêcher, ou du moins de retarder, la sortie de la première édition espagnole; de même pour tenter de s'opposer à la première édition portugaise. Inutile de préciser que l'Opus Dei essaie de me réduire au silence parce que mon livre touche des points sensibles, tels que l'absence de liberté à l'intérieur de l'Institution, tel le processus mis en oeuvre par lequel il transforme lentement ses membres en fanatiques, parmi tous autres faits qui font apparaître le caractère de secte de l'Opus Dei. Par la vois de ses Vicaires dans les pays où il est établi, l'Opus Dei déclare officiellement que "je mens". Elle a aussi émis une longue déclaration, signée par la Directrice Centrale du Gouvernement des Femmes de l'Opus Dei, -qui se trouve être l'Allemande décrite dans la partie concernant mon dernier séjour à Rome-, déclaration à laquelle j'ai répondu publiquement point par point dans l'Espresso de Lisbonne en 1993.

Réfuter mon livre impliquerait de réfuter les propres documents de l'Opus Dei, certains d'entre eux inclus dans le texte de mon livre, d'autres dans les annexes, dont je possède les originaux.

Curieusement, deux ans après la parution de l'édition espagnole de mon livre, le Pape Jean-Paul II a publié des réponses à une série de questions sous le titre "En Franchissant le Seuil de l'Espérance", très évocateur de mon titre, et pourtant si différent dans son contenu. Je peux seulement remarquer que l'image figurative du seuil menant à l'Opus Dei, ainsi que le seuil physique menant au Siège Central de la Via di Villa Sacchetti, étaient bien des seuils d'espérance pour moi, et pour beaucoup d'autres, mais à une différence près, comme les événements l'ont prouvé: il s'agissait d'espérance et de confiance mal placées.


María del Carmen Tapia, 7 octobre 1994 Fête de Notre-Dame du Rosaire

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