On ne peut pas travailler partout quand on est numéraire

From Opus Dei info

Hanneh, 16.10.2006


A cette époque, j’étais une jeune numéraire étudiante à Paris, je devais selon l’expression consacrée “garder la maison”, c’est à dire ne pas laisser le Saint-Sacrement seul dans l’oratoire du centre. Autrement dit ne pas sortir du centre avant le retour d’une numéraire, même s’il y avait des jeunes filles qui travaillaient dans la cuisine.

Mais je devais assister à un cours très important avec un professeur qui ne supportait pas une minute de retard. Cette numéraire tardait, tardait et finalement je suis partie en disant à Dieu : «Ne t’inquiète pas, tu ne restes pas seul, je t’emmène avec moi dans mon cœur». J’ai eu droit à une big correction fraternelle : On ne laisse jamais le Seigneur seul, c’est très grave ce que tu as fait !

Le pire est que cela s’est reproduit plusieurs fois, non pas le fait de « Laisser le Seigneur seul » mais d’avoir dû souvent attendre quelqu’un « d’habilité » pour pouvoir sortir du centre et d’être très en retard à mes cours, alors que les directrices savaient que les études sont très importantes.

Quelques temps plus tard à mes débuts dans le cinéma, je devais amener en voiture des acteurs sur un plateau de tournage et dans le cinéma, il y a une très grande ponctualité. Tout le monde arrive au moins 15 minutes avant l’heure. Je suis bien entendu arrivée avec une heure de retard sur le plateau pour les mêmes raisons. Et l’assistante du réalisateur qui était une femme formidable me dit : « Si tu arrives encore une fois avec 5 secondes de retard, tu devras aller voir ailleurs. » Je ne pouvais pas lui dire : «  Tu sais, c’est que j’ai le Saint-Sacrement chez moi et je ne peux pas le laisser seul. »

Une autre fois, je réalisais mon premier court-métrage. On n’avait que deux jours de tournage et on travaillait de 8 heures du matin jusque tard dans la nuit. J’avais une équipe magnifique, tous des gens très expérimentés, qui avaient accepté de tourner gratuitement pour moi qui débutais. Le premier soir, je rentrais au centre à 3 heures du matin. La directrice qui était pourtant une femme intelligente hurla :

- Tu as vu l’heure qu’il est ?

- Oui, mais on a fini très tard le tournage et je ne pouvais pas laisser mes compagnons comme ça, il fallait que je passe un peu de temps avec eux, ne serait-ce que pour les remercier. (Et elle connaissait parfaitement mes circonstances de travail).

- Tu n’as qu’à leur dire que tu as un bébé malade qui t’attend à la maison !

Cette réponse digne du plus mauvais des scénarios, je ne la comprends toujours pas. Le soir suivant, je suis donc rentrée la mort dans l’âme, à une heure raisonnable pour les centres de l’Opus Dei. Mais mes compagnons de travail n’ont jamais compris pourquoi j’étais partie ainsi comme une voleuse.

Aujourd’hui, je déduis de ces anecdotes (et je m’arrête là pour ne pas vous ennuyer) qu’on ne peut pas travailler dans tous les milieux lorsqu’on est numéraire, contrairement à ce que l’on nous affirme avant d’entrer dans l’Opus Dei, mais surtout qu’il est vraiment étrange de devoir « garder le Saint-Sacrement » au lieu d’aller travailler, alors qu’appartenir à l’Opus Dei signifie soi-disant avant tout « être un chrétien ordinaire au milieu du monde ».

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